Les actifs naturels, un investissement riche de sens pour un impact sans concessions

Par François GALVIN  •   Publié le mercredi 03 avril 2024
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Dans le paysage des produits de placement accessibles à tous, les actifs naturels (parfois appelés actifs tangibles) sont apparus depuis quelques années et disposent de nombreux atouts pour se faire une place de choix dans les stratégies patrimoniales.

 

Ils cumulent en effet des avantages qu’aucun autre type de placement ne propose. Déjà, ils sont simples à comprendre. Dans un monde au sein duquel la finance s’est complexifiée au fil du temps, l’investissement en actifs naturels fait figure d’ovni. 

 

En effet, l’investissement ne se faisant pas au travers d’entreprises ou de projets humains dont les activités peuvent être diverses et difficiles à appréhender (sans compter sur les différents instruments financiers qui permettent de s’y exposer), il est aisé de comprendre où va notre argent, et comment le rendement est généré. Un peu à la manière d’un placement immobilier par ailleurs. 

 

Mais de manière encore plus simple, puisque ce sont les cycles naturels qui régissent les placements en actifs naturels. Et que l’intervention humaine y est limitée, que ce soit pour la constitution des actifs, comme leur exploitation. De plus, l’activité humaine en question est ancrée dans l’histoire de l’humanité, depuis l’époque néolithique, ce qui facilite encore plus sa compréhension.

 

Et une des principales règles en investissement est de comprendre ce dans quoi on investit. Les actifs naturels disposent donc d’un avantage exclusif vis-à-vis des autres placements.

 

Une fois que l’on a abordé cet avantage qui concerne tout investisseur ou presque, penchons-nous sur ceux qui vont principalement concerner les investisseurs intéressés par l’impact que leurs investissements peuvent avoir sur la planète.

 

 

 

Un fléchage réellement pertinent de notre argent

 

Comme vu au-dessus, c’est simple, puisqu’il s’agit d’actifs créés par la nature. Qu’il s’agisse de champs, de forêts ou de vignes, cela a une implication simple : l’argent investi n’aggrave pas l’impact des activités humaines sur l’environnement. 

 

Ce premier intérêt écologique à l’investissement en actifs naturels est très important. Car peu de placements peuvent présenter un tel avantage. Qu’il s’agisse d’épargne bancaire, qui participera à financier des activités d’entreprises, nécessairement émettrices de CO² (même pour les meilleures), d’investissement dans des fonds actions « verts » qui n’ont souvent de vert que le nom, voire même d’investissement dans des startups à impact dont l’activité nouvelle se traduira par des émissions supplémentaires (bien que l’objectif soit de remplacer des activités plus émettrice, mais cela n’est qu’une « promesse » au moment de l’investissement), tous les autres placements sans exception participeront à émettre de nouvelles émissions de CO² - donc aggraveront à court terme la situation.

 

Seuls les actifs naturels sont intrinsèquement (et sans avoir à faire de pari sur l’avenir) alignés sur les objectifs de diminution des émissions de CO².

 

Par contre, on ne peut pas pour autant dire qu’ils améliorent la situation, sauf à percevoir les actifs acquis comme protégés d’une potentielle artificialisation des sols, ou d’une exploitation moins vertueuse. Ce dernier point est tout de même intéressant à explorer, même si tout type d’investissement en actifs naturels n’offrira pas le même niveau de protection ou les mêmes pratiques vertueuses. 

 

C’est là où les règlements interviennent, en régissant tant la gestion des actifs que des investissements (lorsque ceux-ci passent par l’intermédiaire d’une société de gestion de portefeuille). Des labels de gestion forestière ou d’agriculture durables, par exemple, vont permettre de générer de l’impact au-delà du simple alignement (déjà unique) que proposent les actifs naturels. C’est donc également là où on va ajouter une petite dose de complexité afin de s’assurer que les investissements vont aller au-delà du simple alignement.

 

 

Des revenus décorrélés des émissions de CO² 

 

À la frontière des deux disciplines que sont l’écologie et l’économie, se situe une notion clé : le découplage. C’est en quelques sortes le Graal à la recherche duquel courent tous les économistes qui s’intéressent un tant soit peu à l’écologie. Le principe est simple : nos sociétés modernes sont fondées sur la croissance économie, qui elle-même repose sur l’activité humaine. Jusqu’ici, les activités humaines étant très fortement génératrices d’émissions de CO² du fait de l’usage des énergies fossiles, et tous recherchent d’autres moyens de générer de la croissance économique sans augmenter les émissions de CO². Mieux encore, en les faisant diminuer. C’est ce que l’on appelle le découplage. 

 

À ce jour, on peut observer, notamment dans les pays développés, un découplage partiel, mais pas absolu. Surtout, le ralentissement des émissions de CO² est insuffisant et c’est une baisse qu’il faudrait (que seule une période comme le covid et ses confinements ont réussi à engendrer) !

 

Le pendant de ce Graal – le découplage - recherché par les économistes, est tout aussi d’actualité pour les épargnants (bien que l’on n’en parle malheureusement pas en ces termes …). En effet, le principe de l’investissement, c’est de recycler nos excès de cash dont nous n’avons pas besoin à court terme, pour permettre à des acteurs de l’économie de l’utiliser (=l’activité humaine), développer leur activité (=la croissance) et nous permettre d’être rémunérés pour avoir participé à cela en percevant des intérêts (=notre part de la croissance).

 

Et de la même manière que nous n’avons pas encore réussi découpler la croissance économique (du PIB) des émissions de CO², le rendement de tous les produits d’épargne et d’investissement exposés aux actifs que sont les entreprises est positivement corrélé avec l’augmentation des émissions de CO² (ainsi que d’autres dommages environnementaux). Si l’on voulait un découplage absolu et immédiat de son épargne avec les émissions de CO², il faudrait l’utiliser pour « détruire » de l’activité économique. Et donc perdre son argent (sans même parler d’intérêts !) …

 

L’exception, ce sont les actifs tangibles, que sont l’immobilier et les actifs naturels. L’immobilier est indirectement exposé à l’activité humaine (ce que l’on pourrait appeler le « scope 3 » de l’épargne). Les actifs naturels, eux, beaucoup moins.

 

En conséquence, les revenus des investissements en actifs naturels sont (et plus important, seront toujours) à minima décorrélés des émissions de CO², voire même négativement corrélés (pour les forêts par exemple) puisque le peu d’intervention humaine nécessaire dans leur exploitation est synonyme d’entretien et de régénération de puits de carbone et de biodiversité.

 

Une autre manière (plus simple) de percevoir cette corrélation négative entre revenus générés et impact environnemental est liée au fait que la croissance des actifs naturels (dont est issu de la source des revenus) est due, en grande partie, aux cycles naturels et non au travail de l’homme et de la machine.

 

 

Des rendements modestes mais résilients

 

En contrepartie de cet alignement quasi parfait entre convictions, revenus générés et avenir de la vie humaine sur notre planète, les actifs naturels délivrent un rendement bien moindre que les autres classes d’actifs : environ 1.5% /an. C’est le prix de revenus générés naturellement. Par contre, ces revenus sont d’une étonnante stabilité. Qu’il s’agisse de revenus d’exploitation forestière ou agricole, on tourne autour de 1 à 2% de revenus d’exploitation par an.

 

Ceci étant, les revenus d’exploitation ne constituent qu’une partie de la performance des actifs naturels. L’autre partie étant liée à l’évolution des prix du foncier, en croissance assez forte depuis plus de 20 ans (on parle de 4%/ an pour les forêts par exemple, et les terres agricoles ne sont pas épargnées). 

 

Difficile par contre de se projeter sur l’évolution future des prix du foncier, mais les tensions sur les matières premières ne semblent pas annoncer de baisse des prix à court ou moyen terme. Les sociétés de gestion de portefeuille gérant des fonds d’actifs naturels visent généralement un rendement global de 2.5% / an pour rester prudent.

 

Ces rendements ne laissent pas rêveur. Pourtant, ils présentent un avantage de taille : une résilience absolue.

 

En effet, la simplicité des actifs naturels ainsi que leur décorrélation partielle avec les activités humaines en font des cibles de choix pour y loger une partie de son épargne quelles que soient les évolutions futures de nos sociétés (notamment si on imagine les pires !).

 

S’il y a bien un secteur d’activité qui sera toujours là, ce sont les activités dites primaires. Et dans les actifs naturels, on est justement au cœur du secteur primaire : au travers de l’exploitation forestière ou agricole. Mais toutes les activités du secteur primaire ne sont pas renouvelables (l’exploitation minière par exemple). Les actifs naturels le sont. 

 

Cela ne garantit pas que les prix du foncier continueront d’augmenter de la même manière qu’au cours des 30 dernières années. Par contre, quelles que soient les épreuves que nous traverserons au cours des 30 prochaines années, nous aurons besoin des actifs naturels. Ce qui ne sera peut-être pas le cas de nombreuses activités du secteur secondaire (industrie) ou tertiaire (services).

 

Le faible rendement intrinsèque permet par ailleurs une meilleure soutenabilité de l’activité d’exploitation liée aux actifs naturels. Puisque ces mêmes rendements sont payés par les exploitants, dont on sait qu’il n’est pas facile d’en vivre aisément. 

 

 

Un caillou dans la chaussure : la liquidité

 

Les investissements en actifs naturels sont des investissements alternatifs, en actifs non cotés en bourse, et globalement peu échangés (notamment si on les compare aux actifs immobiliers qui nous expose au même risque).  

 

En effet, bien qu’il s’agisse d’un investissement de long terme, il y aura probablement un moment où nous voudrons récupérer nos fonds. Et si l’on détient un arbre, une forêt ou un champ en direct, nous n’allons pas pouvoir facilement trouver un acheteur. En tout cas, moins facilement qu’un bien immobilier à Paris par exemple.

 

À ce jour, ce sont les fonds investis en actifs naturels qui proposent les dispositions les plus solides pour permettre la liquidité. À l’instar de l’immobilier papier, la liquidité est gérée par compensation des nouveaux investisseurs. Donc tant que ces actifs plaisent, la liquidité ne sera pas un problème.

 

Et c’est peut-être là le salut du problème de liquidité des actifs naturels : par la gestion collective et une distribution toujours plus large et diversifiée. Les premiers agréments de l’AMF sont récents (2019 pour les Groupements Forestiers d’Investissement), et on constate déjà un fort engouement pour ce type de produits malgré un rendement modeste.

 

Un second type de fonds (le Groupement Foncier Agricole d’Investissement) vient d’être approuvé et nous attendons avec impatience la commercialisation des premiers fonds. Pour les sociétés de gestion travaillant sur cette thématique, les actifs naturels font figure de nouvel eldorado. Il est possible d’y créer des solutions d’investissement qui n’existaient pas par le passé. 

 

Compte tenu des contraintes environnementales et de tous les éléments vus avant, il y a fort à parier que l’engouement se confirme, et qu’avec le temps et les solutions de gestion collective, le problème de la liquidité n’en soit plus un.

 

 

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